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Pension alimentaire : à qui profite le crime ?

Génération quinqua, génération divorce. Ce qui a marqué notre jeunesse, aux grands idéaux avortés, est certainement la séparation. Douleur ineffable, rêve brisé, celui de vivre toute son existence aux côtés d’un être fait pour vous, les quinquas connaissent bien. Ils furent les premières victimes de la libération des moeurs.

Génération MLF, iconoclastie dont il a bien fallu assumer les conséquences directes, si l’on voulait la liberté. Faut-il pleurer,  faut-il en rire ? Même Ferrat ne saurait le dire. Je crois qu’il y a, dans toute évolution, des sacrifiés, des coupables et des victimes. Les quinquas sont passés par toutes ces voies à la fois, et en sont ressortis mûris, bien que bancals. Comme des enfants sont nés de ces unions, souvent perverses, illusoires débris de ce que furent d’immenses espérances, il a bien fallu faire appel aux tribunaux. C’est là que ça devient sordide, là où la réalité rattrape la fiction, là où nous tombons, malgré nous, dans la statistique. On attend son tour, on attend le verdict.

La pension alimentaire est le résultat officiel de notre échec. Elle touche non seulement au coeur, déjà blessé par l’aventure, mais directement au portefeuille, largement pillé au passage par les professionnels, observateurs de nos déroutes : nos psys et accompagnants, notre avocat-conseil, compatissant à la proportion de ses honoraires – il a fallu choisir le meilleur –
mais le pire, c’est que cette pension est criminelle. Elle est pourtant légalement en vigueur, et le restera, selon moi, longtemps !

Une fois que les pro, qui ont autre chose à faire, comme voguer sur leur yatch, le week-end ( un week-end payé par vous)  s’effacent du paysage, reste l’interrogation. A qui profite vraiment cette pension ?
La réponse semble claire : elle compense votre absence au foyer. Le temps que les gosses aient retrouvé un équilibre, leur mère du travail, ou un nouvel homme, le père une raison d’espérer qu’il ne sera pas qu’un fournisseur de service.

Vivre au dessus de ses moyens

Pourtant tout n’est pas si limpide. Lorsque les parents sont blessés, que leur chair et leur sang s’inquiètent moins de sentiments que de leur nouvelle console de jeux, hommes ou femmes sont  lésés pareillement dans ce vil marchandage succédant à  leur union.
Les mères n’en ont jamais assez : la pension alimentaire étant en effet, sauf cas rare, une infime participation aux frais d’un foyer. Elle est en principe fixée par un juge, révisable donc, mais elle ne suffit qu’à combler quelques trous par ci par là : l’éducation d’un enfant d’aujourd’hui étant soumise à des frais considérables.
Nous avons voulu vivre à l’américaine, avec force écoles privées, loisirs d’élite (le golf, la voile, la danse irlandaise). Et nous le payons. Cher. Taraudés par l’angoisse du rouge -rouge à la banque de nos valeurs.
Les pères de leur côté ne savent pas trop ce qu’ils paient : les dernières Birkenstock  pour Elodie ou bien la traite du nouvel appart de leur désormais ennemie ?

Cet embrouillamini semble donc être pour chaque famille désunie, un sujet permanent de contrariétés, dont on se passerait lorsque sa vie s’écroule,  un noeud de vipères dont on a du mal à s’extraire indemne, à tous points de vue.

Mais qui paie quoi ?

La pension alimentaire a pourtant une fonction spécifique. Elle concerne votre enfant, prioritairement. Mais l’on sait bien que les histoires de famille ce n’est pas comme les mathématiques : un et un ne font pas toujours deux !
Idéalement, la pension alimentaire devrait couvrir les besoins de l’enfant : chaussures, inscription à la salle de danse, frais de scolarité, vacances etc… Il n’en est pas toujours ainsi, et même dirais-je, il en est rarement ainsi.
La vengeance étant un plat qui se mange froid, la pension alimentaire paie souvent le premier week-end en amoureux de votre ex rayonnante, plutôt que le cours de danse auquel a finalement renoncé votre fille dès le premier trimestre.

Du côté des femmes elles se voient refuser d’emblée une légère augmentation – votre fils a besoin selon l’orthoptiste d’un nouvel écran télé, plus grand : 15 euros de plus par mois ?
impossible. L’ex mari crie au vol. Pis à la trahison !
Les rancunes ne sont pas près de se calmer, chacun étant finalement au banc des accusés, lorsque question d’argent il y a.
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Or l’on ne sait jamais avec précision où passe l’argent d’un dur labeur. C’est pourquoi les hommes, souvent, rechignent à donner. En consultation j’ai pour ma part souvent reçu des femmes désemparées car cette pension arrivait sur leur compte en banque en fin de mois. Elles avaient atteint le rouge-rouge, car le seul moyen de pression de leur ex, c’était finalement la compression de temps.

J’avais un ami qui se faisait donner par son ex femme, les tickets du boucher, pour justificatif. Cela fait marchand de tapis, mais au fond, il n’avait pas entièrement tort. Savoir pour quoi l’on doit payer permet de se re-situer, et de diminuer les rancoeurs.
Difficile à mettre en pratique toutefois, que cette solution de justificatif, quand on est divorcé et que le dialogue est  déjà réduit au minimum.
Pourtant, il s’agit d’une différence considérable : savoir si l’on achète le bifteck utile à la croissance de ses enfants, ou la dernière paire de chaussures trouvée sur Zalando à son ex parce qu’elle s’est inscrite sur Meetic dans l’espoir non feint de vous remplacer !

En avoir ou pas !

La génération quinqua, souvent autrefois engagée dans un militantisme social, qu’il soit pratiquant ou sympathisant, mesure avec amertume le changement de société, où tout, absolument, se résume à une question de moyens : on en a ou pas. On est gagnant si riche, perdant si  dans la gêne. C’est un coup mortel dans la virilité de l’homme. Une angoisse permanente dans la vie de la femme (qui obtient le plus souvent la garde des enfants.)
Elle devient seule gestionnaire, et ça n’est pas toujours une partie de plaisir.
Le sentiment d’impuissance chez l’homme, privé de sa progéniture le pousse aux extrêmes : soit il devient prodigue, dans l’espoir de récupérer un peu de l’affection que lui témoignaient ses gamins, soit le pire égoïste parce qu’il se sent joué.

On ne compte plus les effets de la libération après-divorce : la nouvelle Audi,  une maîtresse plus jeune de dix ans, se faire poser  l’anneau gastrique, ou la quête  bouddhiste longtemps refoulé.
Les activités abandonnées en cours de mariage, les sacrifices : arrêter de peindre, renoncer à voir des amis, même les plus petites choses revêtent maintenant un caractère primordial. Il faut retrouver un peu de son intégrité morcelée. Et pour cela aussi, l’argent est le nerf de la guerre.
Le crime de lèse-majesté se répercute sur les enfants, ayant compris très tôt l’intérêt de la gué-guerre parentale.

Conséquences directes :

Habitués des séries T.V, nos gosses ne prennent que tardivement part à nos tiraillements et à nos luttes intestines : ils intégrent d’emblée la loi de compensation. Papa s’est barré, mais on y a gagné en liberté, ça fait deux heures d’internet chaque soir, sans sanction. Maman a un autre mec, il est plutôt marrant et ne vous demande pas de ranger votre chambre. D’ailleurs elle est même plus belle qu’avant…
Le véritable crime est pourtant sous nos yeux : la pension alimentaire tue une vraie communication. Elle alimente des défis, des déviances précoces, comme par exemple négocier sans désemparer la sortie trop tardive, l’interdit d’avant.
Elle est souvent d’ailleurs doublée par l’intervention des grand-parents, qui, désireux de protéger la nichée, s’immiscent le plus souvent dans le peu d’autorité qui reste au parent qui a obtenu la garde. Là encore, l’argent fait souvent pencher la balance, et de compensations en surcompensations attise le feu au lieu de le calmer.

Et la réalité dans tout ça ?

C’est que ce sont nos enfants qui  font les frais de la pension alimentaire. Toute conventionnelle et bien intentionnée qu’elle soit, elle les rend dépendants d’un système au lieu de les préparer à de vrais choix de vie.
C’est encore à la société que le crime profite, comme chaque fois que le compromis – chose fort usitée – supplante la solution.
Quelle est elle ? Je ne suis pas devin… mais quand nos enfants arrêteront-ils de tirer profit de ce qui n’est que misère ?
Quand les parents seront responsables ?

L'auteur : Quinquageniale

"C'est finalement au plus fort de l'hiver que j'ai compris qu'il existait en moi un invincible printemps".