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Elections 2012 : la croissance du ras-le-bol français

“De république en république, toujours cocus, toujours contents….” chantait l’ami Fugain, en hommage à Jean-Baptiste Clément, auteur de la célébrissime chanson, le Temps des cerises. Nous y revoilà donc, à l’élection présidentielle, ou presque : elle est à nos portes, elle est 24 h sur 24 à la télé, elle nous prend la tête et n’éclaircit rien de nos horizons.

Les quinquas que nous sommes, suffisamment préoccupés par leurs existences pas simples et leur pouvoir d’achat en berne ont vu passer beaucoup de monde en trente ans.
Le résultat est là : les hommes passent, mais ne restent pas. La France tombe et ne se relève pas.
Comme beaucoup, je suis de ceux qui se tiennent en dehors du jeu. Cela ne fait pas vraiment partie de ma vie, j’ai d’autres combats et ils me semblent plus opportuns (tels que la place du malade dans la société).
Je n’en ai jamais usé, de la politique. Il me semble d’ailleurs que c’est si peu féminin que je me demande parfois comment une femme peut vouloir évoluer dans ces milieux sexistes, de requins aux crocs acérés, qui n’attendent que la prochaine vague d’enthousiasme pour surfer sur celle de notre lassitude.
Peut-être gagne-t-on quelques voix à cela ?
J’en doute. Ou plutôt je doute que l’on soit élu président seulement par défaut.

La lassitude a envahi nombre de quinquas. Nous avions notre champion accordéoniste en Giscard, du temps où la France, avant de sombrer corps et biens dans le misérabilisme d’aujourd’hui, avait ce petit air guilleret et bon enfant qui nous plaisait bien !
Avant cela il y avait le Parti. Communiste s’entend. Je me souviens que j’allais dans un lycée huppé, où j’étudiais le russe, en troisième langue. La majorité des filles avaient la carte du Parti.
Sauf moi qui me suis toujours sentie mal à l’aise avec une couleur ou un leader.
Mais c’était une idéologie romantique à souhait : toute droit sortie d’un roman de Pouchkine,
c’était la perspective Nevski et celle de faire ensemble le voyage tant convoité : 15 jours en U.R.S.S., lâchés loin des parents, dans la Venise du Nord. Notre fervent professeur de langue maternelle russe, nous avait tellement fait rêver !
C’est que les idéaux ont la vie dure, et ce n’est pas plus mal. Maintenant que l’on se fige avec horreur dans une réalité implacable, l’on se souvient avec nostalgie de cette douce France, si malmenée. Celle de Deu Bellay me ravit encore, à la douce évocation de notre cher pays qui de lambeaux en lambeaux se déchire.

France, mère des arts, des armes et des lois.

France, mère des arts, des armes et des lois,
Tu m’as nourri longtemps du lait de ta mamelle :
Ores, comme un agneau qui sa nourrice appelle,
Je remplis de ton nom les antres et les bois.

Si tu m’as pour enfant avoué quelquefois,
Que ne me réponds-tu maintenant, ô cruelle ?
France, France, réponds à ma triste querelle.
Mais nul, sinon Écho, ne répond à ma voix.

Entre les loups cruels j’erre parmi la plaine,
Je sens venir l’hiver, de qui la froide haleine
D’une tremblante horreur fait hérisser ma peau.

Las, tes autres agneaux n’ont faute de pâture,
Ils ne craignent le loup, le vent ni la froidure :
Si ne suis-je pourtant le pire du troupeau.

Je suis de ceux qui résistent et clament leur identité. Qui la prônent fièrement. Avis aux colleurs d’étiquettes en tout genre : j’aime simplement mon pays. Car en France, être fier de son drapeau et de son pays, équivaut à dire : sale raciste nationaliste et ringard !

Au pays des libertés et de La Fayette, nous n’avons plus guère hélas que le droit de nous taire devant l’invasion permanente de modèles plus ou moins frelatés, de personnalités dont la télé nous accable, présidents d’associations anti-quelque chose, pourvu que l’on soit anti, de nos jours, on est dans le coup !
Pourtant… La France reste celle qui a eu une suprématie. J’ai connu pas mal de gaullistes, dans la génération de mes parents bien sûr : on n’aura plus de président tel que le général. Est-ce bien ou mal ? ce n’est pas à moi de le dire et d’ailleurs je serais bien en peine de qualifier ce que de Gaulle a été. J’étais trop petite.

No future : le devenir sans avenir

Ce que je sais, c’est que nous autres quinquas sommes saturés. De discours sans vergogne,
de malversations et de scandales, des ambitions démesurées de ces politiques qui n’ont cure de la France ! ce n’est pas le bien de notre pays qu’ils recherchent, c’est le leur !
On me dira que ce n’est pas nouveau. Hélas non, et le poème de Du Bellay, XVIème siècle, reste d’une incroyable actualité.
Mais n’est ce pas contre cela que nous devons lutter ?
Autour de moi je vois des contribuables si écœurés, qu’ils pensent ne pas voter.
Voter est un droit et un devoir. Mais lorsque l’on renonce à ce droit, chèrement acquis, c’est bien qu’il y a une crise. Une crise identitaire.
Nombreux sont ceux qui pensent partir du pays, émigrer à l’étranger ( la Suisse, l’Australie), si ce n’est pas pour eux, c’est pour leurs enfants. No future en France ?
Impensable quand on pense à 1789.
Et pourtant aujourd’hui mon fils qui a 23 ans ces prochains jours, pense s’établir aux USA.
Il n’est pas le seul de sa génération.
Faut-il s’expatrier, faut-il laisser la place, et la laisser à qui ????
Qui fera mieux que voler le monde, mentir effrontément, scandaliser l’opinion publique avant de rebondir sereinement par Dieu sait quelle impunité, elle aussi usurpée ?

Restaurer l’ordre et la morale :

La liberté d’expression. Ah qu’elle nous est chère, cette irréfutable preuve de notre esprit français, critique, pointu, inimitable ! pourtant curieusement, j’ai le sentiment de faire marche arrière, malgré les Guignols et nombre d’humoristes. J’ai la sensation d’un vain monologue.
Le dialogue lui, ne passe plus les barrières des poncifs et des promesses électorales.
Quand ira-t-on au devant de ce que veulent les Français ? belle démocratie que de se moquer du peuple…
Quand va-t-on demander simplement à l’homme de la rue,  son opinion ? et ne pas la couper au montage ?
On n’a jamais autant débattu, et on n’a jamais été aussi près du gouffre.
A entendre notre Français, plus rien n’est comme avant, tout se perd : le respect, l’espérance et cette sorte de foi en un avenir solide, qui serait guidé par un homme de poigne, à la tête de ce qui est peut-être le pays le plus difficile à diriger ?
Mais ce n’est pas un homme qui nous sortira de la crise, à mon sens : il est trop tard pour cela.
C’est la prise de conscience collective, se remonter les manches et se mettre au boulot.
Un boulot de restauration de la moralité, même pas chrétienne tiens : la morale absolue et allez, simplement, le bien et le mal, le manichéisme c’est pas si moche quand les valeurs sont écrasées par ceux-là même qui devraient montrer l’exemple !
Pourquoi ne pas faire simple et retourner au temps où les méchants étaient punis, où les bons triomphaient ?

Un vrai ras le bol :

Les quinquas en ont assez  que ce soient toujours les méchants qui gagnent, et de surcroît, ces méchants ont le bonus : personnalité de l’année, élection la plus ridicule et la plus perverse qui soit.
Faire la une de la presse à scandales et s’en sortir avec les honneurs ; magnifier une idéologie flageolante et la transformer en luxueuse attraction futuriste, c’est à dire un avenir meilleur : mais meilleur en quoi ? – nul ne saurait le dire : c’est non seulement du bavardage aqueux sans liaison avec la réalité, c’est une trahison envers l’histoire même de notre pays !

Mon grand-père me répétait souvent : les discours ont perdu la France , ou bien les discours ne font pas de la farine.
Il avait raison. C’est à l’action qu’il faut passer. Mais une action bien menée, raisonnable, et sensée.
Illusoire ? je le pense. Je n’ai jamais eu le goût du mensonge ; le mensonge électoral quant à lui, ne me fait plus sourire. Il m’effraie.
Certains de mon entourage sont eux, dégoûtés.
Faudra-t-il boycotter, comme nous le faisons depuis dejà longtemps, les bureaux de vote ?
seule façon envisageable de s’opposer ? plutôt que d’accorder des voix à ceux qui ne nous ont que trop fait entendre la leur, celle de l’arrivisme et de ce foutu démon du pouvoir !

Dans l’attente :

Nous sommes entrés dans le troisième millénaire. Il devrait être spirituel. Il ne l’est pas. C’est la véritable pagaille. Et la pagaille peut toujours tourner à la panique.
La vraie question qui se pose c’est : qu’allons-nous laisser, comme héritage moral, à la jeunesse de notre pays ?
la haine ? le parfum hideux de la manipulation des masses ? l’incompréhension et la tiédeur au lieu de la solidarité ?
C’est l’union qui fit toujours la force. Si la France s’affaiblit, c’est qu’elle est divisée. Trop de couleurs tue l’effet. Trop de palabres recouvre le silence qui est réflexion, et véritable choix.
Une France bien malade, aux ailes brisées, demande une rééduquation de toute urgence.
Elle pêche en paroles, en action, et par omission.
La messe cathodique nous la montre en fureur, ou accablée. Elle saigne et se meurt sous les soubresauts de notre conscience en sommeil.
C’est à nous tous qu’il appartient de la sauver d’une Europe dont elle n’est qu’un vassal de plus.
Inutile bloc qui ne nous a rien apporté de solide, c’est le moins qu’on puisse dire.

Homme ou femme, quel sera le politique capable de dénoncer ses propres inconséquences ?
Qui sera assez fier et assez courageux pour établir un constat d’échec ? avant de proposer, encore une fois, du neuf ?
L’humilité manque au pouvoir en place, et certainement à celui qui lui succédera.
En trente ans nous n’avons fait que descendre, en planant au dessus des contingences, notre ULM va se crasher dangereusement une bonne fois pour toutes sur la piste éclatée de nos besoins vitaux.

Oui, les quinquas sont lucides et regrettent le temps heureux où la France avait un avenir. Où travailler était une joie. Où abriter sa famille du besoin était une mission.
C’est ringard ? Peut-être… Mais ce sont pourtant ces valeurs qui ont fait que nous tenons encore,  par un fil, tous autant que nous sommes.

Redonnons aux gens de la rue le pouvoir de dire non. Avant de penser à construire, examinons avec soin nos débris et nos ruines.
Il est intolérable de penser qu’à nos portes des gens meurent de faim ou de froid,  se suicident parce qu’ils ne peuvent plus payer leurs impôts.
La France devient un pays pauvre, avec ses nouveaux pauvres, toujours plus cocufiés !
La France en tant que puissance mondiale est dénaturée, elle qui faisait office de référence, avec son belles lettres, ses philosophes princiers, ses engagements historiques.

Qu’ont-ils fait d’elles ceux qui se targuent tant de l’aimer ?

A eux de nous démontrer que le peuple a encore voix au chapitre, dans le respect et la dignité de chacun dans ce pays, libre, peut-être trop si l’on a confondu pendant trente ans, liberté et permissivité ?
Retrouvons nous dans une projection de la douceur de vivre en France. Pays à nul autre pareil.
Douce, douce France de mon enfance, où la police n’était pas caillassée, où l’instit avait prépondérance, où l’on allait voir son voisin, avec bonheur, pour lui demander un service,
où rien ne se monnayait, absolument !
Une France verdoyante, productive, agricole, faite de travailleurs heureux, de vieux pleins de sagesse et de jeunes ayant au cœur l’optimisme de la pureté.

Nous autres quinquas avons vécu de ce rêve.
Aujourd’hui, nous errons en plein cauchemar et je ne suis pas mécontente d’avoir atteint ce demi-siècle en me disant que ce que j’ai pu semer pour les générations futures, je n’aurais jamais pu le réaliser sans ce rêve bien français, d’un certain art de vivre et de penser, qui nous appartient et que nul ne saurait nous prendre.
Il est indéfinissable mais il n’est que de lire Du Bellay ou Voltaire et tant d’autres, pour voir passer sur nous un vent de cette liberté qui nous reste si chère au cœur, que personne, je dis bien personne, ne pourra nous enlever sans qu’ensemble nous disions NON !

J’oubliais : ceci est non négociable !

L'auteur : Quinquageniale

"C'est finalement au plus fort de l'hiver que j'ai compris qu'il existait en moi un invincible printemps".