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Couple : quand survient la rupture

A tout âge de la vie, nous devons nous attendre à rompre des liens. Montherlant a dit : » Tous de notre aube à notre nuit, nous ne cessons de nous abandonner les uns les autres, nous ne sommes que des moments…. » Ce constat est souvent vécu comme un échec, et une douleur qui peuvent être persistants et brouiller l’avenir. Comment, justement, conserver la juste attitude, malgré la menace du vide ?

Plusieurs étapes se reconnaissent clairement, pourtant, dans le processus qui mène à une rupture : je parle ici d’une vraie rupture, sans espoir de retour en arrière.

Les fausses sorties :

Beaucoup partent pour mieux revenir, et se ménagent une ouverture, même infime, afin de renouer des liens en cas de besoin ! cette attitude est assez typiquement masculine : on a le sentiment que l’ex n’est pas tout à fait parti, il passe des coups de fil, il s’enquiert de votre santé et de celle de vos proches, il va même jusqu’à envoyer une petite carte à Noël. Dans les moments de solitude, il pense naturellement à vous, pour évoquer ses soucis au travail, ou ses  démêlés avec les impôts. Familier et naïf, il projette à tort un avenir peut-être plus heureux, alors que par le passé il n’a pas vraiment fait l’effort de l’introspection qui eût pourtant été le bienvenu !

La femme qui ne rompt pas tout à fait le lien, elle, pense souvent à protéger ses enfants, qu’ils soient de leur géniteur ou d’un père de substitution. Elle met longtemps à faire le deuil d’une maison choisie avec soin, pour le bien-être de sa petite famille, elle a le souvenir des difficultés : prêts à la banque, travaux longs et pénibles, gestion de cette maison et sacrifices innombrables qui finalement ont conduit à un esclavage au lieu de la liberté souhaitée. Elle autorise ainsi l’ex déjà pas convaincu de son choix, à rentrer au foyer, inconsciemment, tel l’enfant prodigue qui reconnaît enfin ses torts : une reconnaissance tardive vaut toujours mieux que rien !

Les vraies ruptures :

Cela n’a que très peu à voir avec une vraie rupture. Celle qui met un terme à tout un cycle de vie. La vie est faite de cycles, comme les saisons, comme la nature, comme toute chose. La vie est impermanence et l’on se doit de l’accepter que ce soit de bon gré, ou brutalement, à la suite d’événements graves qui décident d’une nouvelle attitude face à l’existence.

La vraie rupture lorsqu’elle survient, n’est que la représentation matérielle d’un processus depuis longtemps en marche. On l’a rêvée longtemps, on l’a fantasmée en pleurant devant sa cuisinière, ô combien de fois, et on l’a préparée, orchestrée et scénarisée tout comme un chef d’œuvre hollywoodien ! ah ce bonheur de faire enfin sa valise, de claquer sa porte et de n’être jamais plus, jamais plus ce qu’on attendait de vous !

La réalité rattrape la fiction :

Ce scenario cent fois répété dans votre tête, se trouve bien en dessous de ce qui se passe dans la réalité.  Rupture préparée avec soin, des mois avant, en vidant son compte en banque peu à peu, et en cachant la valise, ou rupture sur le vif, après la énième scène de ménage, celle de trop, on a alors le sentiment que tout un pan de vie s’écroule.

C’est dans le train, dans la voiture qui vous emmène loin de votre univers familier que ce sentiment de finitude vous atteint le plus.

Cela ressemble en effet à une scène de film. Mais c’est plus réussi dans le film, alors que  la réalité c’est d’abord l’indifférence des autres, l’anonymat aussi.

On a tout le temps, lorsqu’un ami, aimable et sûr de lui, vous prête officiellement son canapé, de concevoir l’effondrement de tout un style de vie. Moins de confort, c’est sûr, aucune certitude,  seulement celle de n’en pouvoir plus. Et là, pendant que l’ami qui a tout réussi, dort du sommeil du juste, on répertorie, lugubre, le temps qu’on a perdu pour en arriver là. C’est à dire nulle part.

 

Quand tout est à refaire :

Un Himalaya de contradictions, une montagne de doutes et un sentiment d’insécurité total, voilà ce que renferme le terme de rupture. En même temps, paradoxe évident, une sensation soudaine et peut-être grisante, de soulagement : on est enfin seul, face à soi-même et l’on se dit que s’il reste quelque chose à extraire de ce que l’on fut, alors, on finira par découvrir ce minerai précieux !

Redevenir soi-même : la plupart des ruptures vraies trouve son explication dans ce qui est la perte d’une identité, à  force de compromissions et de routine, à force de devoir jouer un rôle : le mari sécurisant, la femme accomplie. Ou la femme carriériste, et le mari complaisant. Ou le mari trompé et la femme triomphante. L’on pourrait trouver bien des combinaisons qui  mènent  toutes à une seule impasse commune : la dépossession de soi.

 

Faire la distinction :

Heureusement, il existe toute une palette d’infinies nuances pour estampiller une situation.
Pour ma part, je travaille sur le mot, parce que le verbe définit le concept : à vous de faire la distinction – et elle est énorme – entre séparation et rupture. La brutalité de ce dernier terme, révèle peut-être la peur que l’on ressent, il a un accent définitif, une résonance abrupte, comme elle. Séparation, break, mise à distance ou éloignement, sont plus à même de satisfaire ceux qui ne sauraient  pas (encore)  où se situer.

Mes conseils :

Comme toujours, il faut du temps pour nommer ses émotions. Surtout si elles se bousculent au portillon. Comme toujours, la vie est courte et longue à la fois, aussi se laisser le temps de bien appréhender une véritable rupture, c’est le conseil à suivre si l’on ne veut pas avoir à ressasser.

La part des choses :

Dans l’exercice de ma fonction, j’ai vu bien des séparations, bien des divorces : c’est peut-être même cela qui constitue le plus grand nombre des consultations, tout simplement parce que le quotidien en est très affecté. Perdre en même temps son conjoint et son boulot, ou perdre ses enfants, ne fût-ce qu’un temps, affecterait un monstre d’insensibilité. Or il s’agit bien de nous, de notre choix de vie qui se trouve remis en question, et cette part de nous blessée à l’extrême, cette part nous reproche, nous investit aussi d’autres choix qui ne souffrent pas de retard.

Une fois que vous aurez la certitude que le mot de séparation n’a pas lieu d’être prononcé, que ce que vous  désirez au plus profond de vôtre être est de couper avec tout un passé, alors même si la visibilité est nulle, vous pourrez aborder le virage de la Liberté.

Comment agir ?

Éviter les amalgames : beaucoup de personnes pensent garder les amis d’avant, ou les lieux aimés à deux, comme la maison louée chaque été dans les Alpes. Or, l’ami avec qui vous avez joué 20 ans au tennis, pense que votre histoire aurait dû continuer, que tout ça, c’est beaucoup de bruit pour rien, bref, que vous faites erreur.

La propriétaire affable de Jausiers s’est muée en une harpie protectrice de votre ex femme, qui a su lui raconter l’historique de votre naufrage avec force détails.
A ce moment là les fractures sont nombreuses, les autres prennent parti (même si on ne leur a rien demandé). C’est logique pourtant. On n’invitera plus Marc et Hélène, mais Marc ou Hélène. C’est à prendre ou à laisser.

Ainsi de belles amitiés de longue date périclitent avec votre rupture, vous laissant l’impression de mort lente que l’on connaît tous à ce moment là, voire de trahison et de culpabilité : comment a-t-on pu être assez aveugle pour se tromper à ce point ?

A contrario, ceux qui étaient là de façon moins présente vont se manifester, à votre grande surprise, en vous prêtant leur 4X4 pour déménager, ou vous accueillant sans façon pour un week-end régénérateur. C’est le vague copain d’en face, qu’on disait  farfelu, c’est la chef de service qui a compris votre désarroi et est passée par là avant vous. Il y a 20 ans.

L’on rencontre bien des surprises sur le chemin de la Liberté, et si petites soient-elles, ce sont pourtant celles ci qui seront les prémices d’une reconstruction.

Après avoir planché sur le plus difficile, l’identification, il reste à revoir ses comptes. L’avocat, l’agent immobilier, le psy, sont des personnages récurrents de ces périodes instables, et cela va vous coûter, sauf si vous avez une fortune personnelle !

Revoir sa vie à la baisse n’est pas rose : la Liberté commence justement par des sacrifices importants par lesquels il faut bien passer pour avoir son autonomie. Ce qui vaut bien quelques restrictions budgétaires.

Les médiateurs sont là pour vous aider : ils sont des professionnels dans leur domaine et feront de leur mieux pour vous aiguiller. La dimension humaine existe dans toute relation : ainsi peut on nouer des rapports étroits avec l’agent immobilier qui s’occupe de vous reloger. Ou avec l’avocat. Il ne s’agit pas toujours de basses transactions d’argent, mais bien de transition et elle s’accompagne sans conteste de marques d’amitié, de la part de ceux dont le métier est d’écouter et d’entendre bien des désagréments. La vie et ses aléas n’épargnent personne.
Curieusement, le mot rupture ouvre des portes !

 Combler le vide :

Cette période de votre vie n’a qu’un temps. Beaucoup plus vite qu’on ne le croit, des gens nouveaux, des situations neuves émergent de votre décision. On s’aventure, on teste, on explore d’autres champs d’investigation. Car tel est le secret : éviter le repli sur soi et rester ouvert à d’autres voies, non encore usitées.
Ainsi on peut se retrouver, après un temps déterminé par nous comme deuil, dans un autre cercle de relations : s’être enfin inscrit à la salle de sport, oser parler à sa voisine de palier pour autre chose que le temps qu’il fait, convier un collègue de travail à un apéro, et toutes ces petites choses, permettent de retrouver le sol sous ses pieds.

C’est le renouveau qui s’installe, doucement, comme quelqu’un qui frappe timidement à la porte de votre avenir.

Cet espace liberté est tout à conquérir : il ne demande souvent que de faire confiance au hasard, et de hasards, la vie  en est faite.

Ne pas envisager un futur trop lointain, seulement être attentif à l’instant, à un sourire, à un bonjour sympathique et sans intérêt derrière…

Une nouvelle vie : c’est toujours parce que notre ancienne vie ne nous satisfaisait pas que l’on prend la décision de la rupture, ou qu’on la subit. Je vois encore trop de personnes s’interroger. Ont-elles bien fait de quitter leurs acquis, leurs habitudes ?

Mais n’est ce pas ces acquis et ces habitudes qu’au fond, vous vouliez fuir ? Ayez en vous cette certitude.

Bien sûr, des regrets nous en avons tous. Nous ne faisons pas tout « bien ». Et alors ? être humain implique l’erreur, et dans l’erreur est contenue pourtant l’aube d’une renaissance.

Comme le proclamait un célèbre slogan publicitaire : On ne peut tout de même pas se tromper tout le temps !

Alors prenez votre courage à deux mains, et ne remettez pas à demain !

Pour vivre heureux, vivez libres.

A bientôt, amis !

 

 

 

 

 

 

 

L'auteur : Quinquageniale

"C'est finalement au plus fort de l'hiver que j'ai compris qu'il existait en moi un invincible printemps".