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Famille : quand la fracture est dans le portefeuille

Ma grand-mère disait : L’amour ne tue pas la misère, mais la misère tue l’amour… Ces assertions ne sont pas que des dictons : elles ont le mérite d’un éclairage fort braqué sur des périodes où la vie était dure, un combat permanent, où la femme, tenant les cordons d’une certaine bourse, devait souvent engager au clou les bijoux de famille… Pourtant, nombre de générations ont survécu, ont prospéré aussi, grace à divers stratagèmes.

L’époque a peut-être changé, mais les besoins aussi. La civilisation des loisirs coûte cher, s’élever socialement surtout. On souscrit à des univers différents. On paie pour avancer.
Le quinqua, lui, a souvent connu dans sa famille la restriction, voire la privation. Le terme de frustration lui vient alors à la bouche, même s’il n’en garde pas un goût plus amer que cela.

C’est qu’il a eu le temps d’évoluer, de passer par des douches écossaises et de se sentir revêtu de l’armure de l’expérience.

Mais quand les sous manquent, la réalité quotidienne est perçue autrement.
Comment évoluer, entre désirs et besoins, entre superflu et réelles nécessités ? D’autant qu’il faut transmettre très vite à nos enfants, absorbés par une société ultra-consommatrice, le pouvoir de dire non ?

Emprunter, ou comment vivre à crédit.

On est un jour ou l’autre confrontés à ce sujet sensible. Divorce, ou période creuse, chômage,
imprévu. Le crédit, autrefois décrié par nos pères, est devenu accessible et nous avons pris l’habitude de vivre à l’américaine : avec des espoirs et des exigences qui nous ont conduit à faire le pas.

Le crédit revolving : ennemi pur et simple de la tranquillité de nos nuits, il a pourtant son utilité.
Le seul problème est d’en faire un usage limité, ce qui n’est pas toujours l’évidence même, puisque la pente de la facilité nous mène tout doucement à demander plus que ce que l’on aurait voulu au départ. 500 euros, pourquoi pas 1000, tout semble si facile sur papier.
Pour qui ne lit pas entre les lignes, et les contrats en ont souvent de minuscules, on peut très vite se retrouver à payer des sommes folles en intérêts : de nombreux établissements, organismes peu transparents, nous promettent des vacances de rêve, ou des travaux dans la maison, ou encore une réserve d’argent (crédit à la consommation) pour nous permettre de réaliser nos fantasmes à peu de frais.
Les leur. Car ces frais vont vous être imputés et sur la durée, 4 ans environ, cela grève considérablement un budget déjà réduit.

La solution :
Négocier auparavant avec sa banque. A condition d’être un client clean et ouvert, mieux vaut parler à votre banquier de vos difficultés. Les banques peuvent prêter des sommes raisonnables (achat de mobilier, par exemple, ou remplacement de votre courroie de distribution) et à un taux qui n’excède pas 9, 90 pour cent.
Demander une somme raisonnable : décrire votre besoin du moment, et demander avec force détails, ce que ça vous reviendra et sur combien de temps.

C’est mieux que de cliquer sur n’importe quelle offre mirifique du net, dont on ne sait trop où elle vous mènera.
En outre, votre boîte mail va vite déborder de propositions plus alléchantes, vous encourageant
à emprunter plus qu’il ne vous faut !
On vous rappelle souvent à mesure que vous remplissez le trou de votre réserve, la somme qu’il vous reste à emprunter !
Rester ferme, faire la démarche d’aller consulter votre conseiller sur rendez-vous, demeurent les solutions pour vous sortir d’un mauvais pas.

Emprunter à la famille.
La famille c’est la famille. C’est à dire celle qui est censée être là en cas de besoin, de malheur aussi. Lorsqu’un deuil survient par exemple, et le quinqua se situe dans la tranche d’âge où il doit se préparer à perdre ceux qu’il aime, il est bon d’avoir préparé le terrain.
La convention obsèques : souvent déprimante cette anticipation de perte des êtres chers, est pourtant la solution la plus adéquate. Tout est établi d’avance, c’est un contrat pour l’éternité.
Et ça vaut le coup de se pencher sur une période où les tracas s’ajoutent au véritable sentiment d’amputation qui est le deuil des parents.

Mettre une somme relativement petite de côté, chaque mois, peut gommer l’aspect peu élégant que l’on rencontre hélas dans ces moments où enterrement rime avec marchandage.
Beaucoup savent de quoi je parle, qui se sont trouvés “rackettés” à la fois par les entrepreneurs de pompes funèbres mais encore par les représentants de leurs diverses religions qui n’oublient pas de réclamer une enveloppe au moment où l’on est effondré.
Le denier du culte n’attend pas.

Lorsqu’il s’agit d’événements plus heureux, comme les études des enfants, un voyage à l’étranger pour parfaire une langue ou obtenir un diplôme, la famille peut être d’un secours fort honorable et nombre d’entre nous y ont y recours, sans trop de fausse honte.
Les grand parents sont ravis de contribuer à l’ascension sociale de leur petit fils, devenu avocat international. Ou bien ils ont fait un don manuel, devant notaire, avant l’heure, pour que nous puissions nous offrir le pavillon de nos rêves.
Dans les temps troublés où nous sommes, la famille revient sur le devant de la scène : on sait à qui l’on a affaire, on n’erre pas en territoire étranger puisque à défaut de ne pas savoir où l’on va, on sait au moins qu’on en  vient ! et on sait que l’on n’en sortira jamais tout à fait.
Même brouillés pendant des années, des frères et des sœurs renouent, dans des périodes-clé, et là encore l’argent prêté, ou donné généreusement, apaise les plaies les plus vives.

Emprunter aux amis.

C’est la solution sympa, car l’amitié n’a pas de prix ! Il faut évidemment pour cela, une amitié solide et de longue date, éprouvée par des années d’échange, de part et d’autre, pour pouvoir se permettre de demander de l’argent à ses amis.
Mais cela est courant, si l’on reste prudent là aussi, sur les limites de ce que les autres peuvent vous prêter.
Il faut évaluer un salaire, une situation, en bref une globalité, pour avoir l’autorisation morale d’emprunter à celle qui vous a tenu la main pendant votre séjour en clinique, ou à celui qui est le parrain de votre aîné.
Tout est affaire de confiance, c’est à dire de principes.
Au cas où on aurait peu de certitudes sur la pérennité d’une relation, quelle qu’elle soit, mieux vaut s’abstenir.
Ou en appeler à un notaire. Il est devenu courant maintenant, de faire une reconnaissance de dette qui vous coûtera quelques centaines d’euros, mais protégera les intérêts de tous, sans encourir le risque d’une brouille définitive.

Emprunter à ses enfants.

Hélas, ce recours est bien le plus pénible, mais la société a vu beaucoup de retournements en trente ans, et il n’est pas rare que ce soient les enfants, ayant une situation, qui doivent aider leurs géniteurs, pris dans les filets de l’administration.
Ce qui est le cas notamment de beaucoup de femmes : moins bien armées que les hommes, leurs carrières en dents de scie, une maladie, ou une cascade d’événements négatifs, les amènent à une pension d’invalidité, ou un chômage minuscule, ou le RSA, qui ne suffisent qu’à leur survie.
Pour tout le reste, les enfants doivent mettre la main à la pâte ou plutôt au portefeuille.

Cela ne devrait pas être vécu comme une humiliation ou quelque chose d’innommable. Pourtant l’on se refuse souvent ce choix, par pure culpabilité. Les parents ne doivent-ils pas être protecteurs, généreux et non demandeurs ?
Si tel est votre cas, si vous êtes dans l’impasse, n’oubliez pas que la notion d’amour filial est fondamentale.
Les sacrifices faits en matière d’éducation par une femme seule – dont je fais partie – sont nombreux et permanents. Nos enfants le savent qui essaient de palier le manque en nous faisant plaisir, en nous rendant un peu de ce bien-être qui a été toujours, le moteur de notre action pour eux, en ce monde.

Le juste retour des choses est une loi cosmique. Il faut savoir l’utiliser, lorsqu’elle se présente.
Ainsi avoir accueilli son fils après un divorce, et élevé en partie un petit enfant, ou loger jusqu’à la trentaine l’étudiante en médecine, c’est faire preuve de cet amour.
S’il vous est rendu en espèces sonnantes et trébuchantes, ne le refusez pas sous prétexte d’une fausse humilité, ou pire encore, d’un manque de confiance dans votre descendance, qui ne pourra que le prendre mal.
Vos enfants devenus adultes connaissent la vie et ses exigences matérielles : ne les décevez pas en leur faisant croire qu’ils sont toujours petits et démunis.
C’est grâce  à vous, en grande partie, qu’ils sont sortis de la dépendance de l’enfance !

Pour le quinqua qui doute :

Moi la première, j’ai cru autrefois à ce que l’on nous raconte, étant jeunes et frais émoulus des écoles : qu’à mi-chemin du parcours, on peut enfin se retourner et se dire : ça y est ! me voilà dans une situation assise, me voilà arrivé, non pas en haut de l’affiche, mais tenant un rôle plutôt agréable, profitant sans regret de ce bien-être de l’argent qui ne fait pas le bonheur, mais  y contribue !

Revenu des ces poncifs, le quinqua sait que la lutte finale n’est pas jouée, que rien n’est gagné et que jusqu’à la maison de retraite, il devra lutter pour survivre. Qu’on lui prendra peut-être sa maison, et jusqu’à son dernier centime.

Tout se paie en ce bas monde, et le quinqua généreux le sait, qui a déjà donné bien des fois à perte !

 

Sur ce chemin rocailleux, n’oubliez pas votre sourire : celui-ci est plus précieux que tous les billets de banque, et il est souvent le sésame ouvre-toi des cœurs compatissants !

Croyez-en ou non ma vieille expérience, j’ai emprunté ce chemin souvent, dans les deux sens du terme : je rends toujours à qui me prête, et en même temps, je sais que je ne suis pas malhonnête, puisque moi aussi, j’ai donné tant de fois, à titre gratuit, que je ne me sens pas coupable. Seulement redevable. Dans le sens positif du terme : ça fait beaucoup de consultations offertes ! Sourires.

Donnez ce que vous avez, donnez ce que vous avez en vous, de talents, de générosités, de qualités, de compétences !

L’argent vous sera donné au centuple !

L'auteur : Quinquageniale

"C'est finalement au plus fort de l'hiver que j'ai compris qu'il existait en moi un invincible printemps".