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Couple : les mots pour le dire ou quand faire le silence

C’est une question palpitante que celle, toujours mouvante, du rapport du couple à la société. De règles en codes, de coups de canif dans le contrat aux moyens termes, il est tortueux le chemin qui mène au dialogue. Aujourd’hui, nous avons brisé la loi du silence dans le couple. Les psys et coaches, les accompagnants de vie, offrent l’opportunité alléchante de « dire » : enfin !
Mais parfois, n’est-ce pas trop ?

La première des peurs, chez le quinqua, fut de ne pouvoir exprimer tout ce qu’il avait en tête, dans le cœur, et dans la pensée.
Pourquoi ? parce que nos mères s’étaient tues, ou que nos pères nous imposaient le silence à table, comme règle majeure d’éducation. Enfants polis, enfants dénaturés, trop sages pour notre jeune âge, nous avons ingéré avec des remarques souvent acerbes sur notre tenue, des spaghetti sauce bolo, sans toutefois en faire un fromage !

Mais plus tard, en évoluant au rythme endiablé d’une société rebelle, encouragés par la libre expression hautement prônée dans les collèges, nous avons commencé, goguenards, à réaliser que cette hypocrisie de base avait fait un certain nombre de dégâts.
Manque de confiance en soi, doute permanent, absence de vraie réalisation, chassé-croisés de désirs divergents et j’en passe…

Nous avons retrouvé ce malaise dans notre mariage, puis avec nos enfants, incapables de vraiment affirmer, encore moins de confirmer.

La loi du silence était passée sur nous, elle avait laissé un goût amer de  rancune et d’indéfinissable chagrin : celui de l’être qui ne peut partager alors que l’homme est un animal sociable, et que, privé de communication, il se fait de transparent à inexistant.

La réaction immédiate fut de se précipiter, cœur battant et boule à la gorge, chez le médecin salvateur, le psy héroïque qui ont approuvé avec force arguments, le besoin prioritaire de parler. Dire. Avoir les mots pour le dire. Mettre des mots sur les choses. Verbaliser. Dégorger, oui !

Le résultat primaire :

Une réaction en chaine s’est ainsi établie, où l’on a vu des générations entières blablater à tour de bras, vigoureusement, sur leurs états d’âme et leurs événements. Qui n’a pas assisté le lundi matin en reprenant son travail à cette abondance de détails sur un week-end de hasards, passé à regretter amèrement sa vie ?

Les femmes en particulier, plus perméables à la psycho, grandes acheteuses de magazines branchés, et dévoreuses de livres, ont donné ce spectacle permanent d’une pseudo liberté d’expression, qui n’était en fait que celle de leurs angoisses enfin ouvertement approuvées !

L’après dire :

C’est ainsi aussi que les hommes se sont sentis souvent humiliés en public,  leur couple n’ayant plus aucun secret pour la meilleure copine mais aussi la secrétaire, le patron, le technicien et jusqu’au balayeur, lorsque l’infortuné venait par extraordinaire chercher sa femme au boulot !

Découvrir brutalement que ce que l’on tenait pour intime et secret,  étalé à la fausse compassion du premier venu, simplement pour le dire peut être la cause de nombreux conflits, allant jusqu’au divorce.

Protéger ses arrières :

Révélation. Transmission. Concertation. Dialogue. Pour toutes ces étapes, il y a décidément un chemin. Inutile de le parcourir dans la panique et la peur – constante – d’être incompris.

Qu’est ce qui fait parler David ?

Car c’est la peur, encore une fois qui régit de telles attitudes. Il convient donc de les faire taire, ne serait-ce qu’un temps, afin de laisser les mots venir à la surface, de façon moins agressive.

Le rendez vous en cabinet :

C’est celui qui va vous enseigner le chemin de la modération. En consultation, on apprend le pouvoir du mot placé à sa juste position. On dédramatise parce que l’on prend le temps d’évaluer correctement une situation qui nous apparaissait peut-être, trop, lourde ou inextricable. On paie pour cela. Cela nous donne le droit de soulager notre conscience avec sagesse et sans culpabilité.

Tout voir et ne rien dire :

Autant cette propension est mauvaise, dans le sens où elle exige du sujet une force de refoulement dont il est souvent incapable, d’où l’explosion qui ne manquera pas d’arriver au moment inopportun de la révélation, autant celui de tout dire pour avant tout se libérer d’un fardeau, ne me paraît pas être forcément adéquat.

Le couple en question :

Le couple occupe une place à part dans une vie, une place à part dans une famille. Il est formé de deux êtres qui n’arrivent à faire qu’une seule entité. Cette entité a sa vie propre, qui échappe souvent aux deux partenaires concernés.

Lorsque l’on a fauté, commis une malveillance, loupé quelque chose, pourquoi penser à tout dire, comme on le ferait d’une confession ?

Savoir évaluer la solidité de l’autre :

L’interlocuteur a ses failles. Il peut être sensible ou froid, en apparence, il peut sembler distrait ou lointain ou au contraire angoissé à force de concentration lorsque se joue une part essentielle de sa vie. A cet instant précis, il faut prendre une longue inspiration et toujours se demander ce qu’il peut être capable de recevoir.
En général on encaisse mal une rupture.En général on fuit la douleur.
En général, on a besoin d’un temps pour récupérer d’une blessure.
C’est humain.

Le pouvoir des mots :

Ce pouvoir-là est si redoutable que beaucoup en sont morts, pour seulement avoir osé l’employer ! Contestataires, opposants à des régimes, révolutionnaires, y ont laissé leur vie.
Dans un quotidien, où toutefois l’état de guerre n’est pas déclaré, mais seulement sous-jacent (nous sommes dans une société conflictuelle à souhait), il convient de parfois les retenir. D’après mon expérience, peu en sont vraiment capables. C’est une des causes majeures des consultations, que ce désir d’expression qui ne passe pas, mais qui peut faire trépasser une relation.
Le pouvoir des mots est si redoutable, que parfois, le silence est la seule attitude à avoir. Le sentiment d’impuissance ou au contraire le désir de ne pas blesser davantage ou encore une certain degré acquis dans la compréhension de l’humain amènent à pratiquer cette loi du silence, autrefois seulement respectée par les prêtres et confesseurs.
Aujourd’hui que la  religion a  perdu en puissance, où les directeurs spirituels jadis recherchés par ces dames de la bonne société sont remplacés par des écoutants, simples observateurs non dirigistes, il convient de l’utiliser avec conscience et à bon escient.

Et le couple dans tout ça ? L’alternance entre en action :

Quand parler ? quand se taire ? Il est parfois difficile, à chaud, de le savoir avec certitude.
Une bonne observation de l’attitude, des mimiques de votre partenaire suffisent pourtant à savoir naviguer dans les méandres d’une conversation qui s’essouffle.

Oscar Wilde a dit : Il est inutile de dire à quelqu’un quelque chose qu’il n’est pas en mesure de comprendre.

Grand observateur de l’humain, tout est dit dans cette maxime. Ne vous acharnez donc pas à vouloir à toute force faire passer une vérité, ou un message si un visage fermé, ou un cerveau qui bloque, vous en empêche.
Acceptez cette frustration, car c’en est une, est un pas vers la résolution du problème.

De même, lorsque vous sentez venir l’orage, que les mots s’emballent jusqu’à faire mal,  sachez vous retirer. Ce n’est pas une fuite vaine, mais simple précaution. Se taire participe d’un grand mouvement cosmique. Regardez comme la Nature est silencieuse après un bel orage. Elle pratique elle aussi l’alternance. Elle n’en est pas moins belle pour cela, lavée et nette, comme neuve !

Trop de mots en effet, tuent l’effet d’un seul. Le bon. Une avalanche de mots, jetés à la face de l’autre, car depuis trop longtemps contenus, et vous obtenez une rafale identique, bien souvent, qui ne présage qu’un vide monstrueux dans la communication ratée.

Bien entendu, colère, frustration, dérapages, sont humains et il n’y a pas de couple qui n’ait connu ces moments délicats où le langage est plus ennemi que clé.

Mais le dialogue, ça s’apprend !

 

Mon avis de consultante :

J’ai été longtemps de celles qui on prôné le dialogue absolu. J’ai été de toutes les tables rondes, en associatif comme en privé, de tous les conseils, de tous les engagements. Pour cela, un débit régulier et une conviction sans failles sont nécessaires, comme de prendre la parole en public, sans en être gênée le moins du monde.
Cela me semblait naturel…
Avec l’évolution de la société en déroute, et la mienne, qui va a contrario vers une démarche plus individuelle, et profonde, il me semble que le silence devient de plus en plus utile.
Parce que l’inutile a triomphé.

Les médias, grands responsables de nos maux, exposés en public, devant des intervenants de bas étage, non qualifiés, la télé-réalité qui conforte le quidam à se vivre comme star incontestée, et tout ce que nous ignorons encore de l’âge de cristal qui inaugure ce troisième millénaire, mettent en péril la seule chose que l’être possède sans l’avoir acquise : son intimité.
Cette notion, malmenée à l’extrême, fait de moins en moins recette. Elle semble désuète et révolue. Et pourtant, il devient urgent d’y revenir, pour nous préserver d’un système mensonger destiné à nous faire croire qu’à chacun tout est permis !

Être la star de son quartier, de son immeuble, c’est séduisant. Il n’en demeure pas moins qu’une fois fermée la porte, là on se retrouve bel et bien dans une intimité inévitable. Dans la solitude, dans l’examen de soi. Au calme et dans la sérénité.
Car, qui mieux que vous-même, peut connaître ce que vous êtes ?
Et donc l’offrir à l’autre, avec cette fois les mots qui ouvrent le cœur, au lieu de le fermer ?

 

A bientôt, amis !

 

 

L'auteur : Quinquageniale

"C'est finalement au plus fort de l'hiver que j'ai compris qu'il existait en moi un invincible printemps".

  • Serge

    Je plussoie plus souvent qu’à mon tour. Bavardages inféconds et vacuité des propos sont les maux de notre société d’aujourd’hui. Parler à bon escient tout en exprimant l’essentiel nous est impossible de par l’inexistence de silences ou plus simplement de simples soupirs entre deux phrases. La nature a horreur du vide, c’est vrai. Je proclame donc que même dame nature est imparfaite !