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L’homme quinqua : itinéraire d’un enfant gâté

L’on m’a fait observer à juste titre sans doute, que les hommes avaient peu de place sur Quinquagéniale ! Erreur que je tenais à réparer, car ce blog ne se veut pas sexiste, et que sans les hommes ! Hommage donc à ces guerriers de l’impossible, qui ont souvent combattu contre nous, avant de se rendre !

Aujourd’hui que nous tenons pour certains les acquis de notre âge,  des évidences elles aussi certaines apparaissent, et pas seulement dans la relation hétéro. L’homme quinqua a dû combiner et machiner bien des choses. Depuis sa tendre jeunesse, il a connu les espérances folles de la trentaine, les affres de la crise du quadra, et il est bienheureux, à 50 ans et plus, de pouvoir enfin accéder au repos.

Ce qui est émouvant chez le quinqua homme, c’est justement cette reddition. Je la considère personnellement, comme une progression de sa conscience, comme un acte même. Notre quinqua fait souvent à ce titre craquer de plus jeunes femmes. Ce qui est logique. Il a le  mode d’emploi sinon la maîtrise de sa vie. Il peut donc assurer le bien être de celle qui aimerait le charme indéniable de la sécurité, dûment méritée, au fil fluctuant de ses dérives.
Tout cela est bien loin, désormais !

Décryptage d’un itinéraire traditionnel, celui d’un enfant gâté !

Un héros fatigué mais un guerrier quand même :

Le principal progrès que le quinqua a réalisé, et cela est visible dans son quotidien, c’est d’abandonner les fadaises. Son ego a pu lui faire faire les pires bêtises et le précipiter au fond de l’abîme. Icare a souvent brûlé ses ailes au feu de l’orgueil. Il se voulait seul, et invincible. Il se voulait vainqueur et libre. Jusqu’au jour où ses ailes ont fondu dans la cire de son indifférence.

C’est alors que, son hystérie  remisée au vestiaire,  le héros s’est enfin risqué  à la confidence. Autant il était difficile d’établir un dialogue, à trente ans, avec celui qui partageait votre vie et était souvent, le père de vos enfants, autant, la cinquantaine a débloqué le système.  Bien qu’en  contradiction envers lui-même,  il s’est aventuré à laisser parler son cœur. Voire à l’écouter !

Je crois pouvoir témoigner au nom de toutes les femmes de ma génération, de cet enfermement dû à son incroyable orgueil, transmis de génération en génération,  de son ego surdimensionné, souvent issu d’un complexe d’infériorité, étalé à la face du monde. En tout cas d’un public qui voulait bien l’entendre.

Le quinqua réalise avoir été victime d’une éducation. On le voulait avant tout fort, infatigable dans l’action, capable d’une onctueuse douceur de surcroît dont il aurait oint avec générosité familles, femmes et enfants. Gagnant bien sa vie, menant tambour battant des activités annexes (le sport, la présidence d’associations, et autres terrains de jeux), un homme de bronze ! Il était bien parti, à trente ans, pour réussir sa vie. Mais il n’a fait, au mieux,  que réussir dans la vie. 

Psy, coach et conversion :

C’est un homme libéré que notre quinqua ! Délaissant avec un certain courage, les mythes et préjugés d’après guerre, il a envisagé de changer. Pas seulement de femme ou de carrière. Il a changé en profondeur. Il a capté d’autres mondes, suivi des séminaires, rompu des habitudes. Il a mis des crèmes sur son visage, il a testé le reiki,  il a voyagé loin dans le monde moderne, et ce n’était pas que géographique !

Parce qu’il a voulu comprendre. Ce qui allait de travers, ce qui ne tournait pas rond en lui. Le quinqua a approché la quadrature du cercle.

Toute femme qui aujourd’hui rencontre un homme « fait », sûr de lui sans ostentation, plutôt discret sur son parcours de légende, doit avoir conscience que ce parcours s’est fait dans la douleur. Dans les joies de la découverte aussi. Mais ce qu’il lui fallait découvrir, c’est que la légende débute lorsque l’homme fait face à son destin. Il se libère alors, et des attentes des autres, et des siennes. Se connaître soi-même et savoir ce que l’on peut donner de soi, c’est un travail.
Saluons ceux qui l’ont accompli et se disent être des hommes heureux, en tout cas, pas si mal dans leurs vies !

 

La quête du Graal :

Enfant gâté, père incompris, mari approximatif ou infatigable amant, ces étiquettes sont enfin tombées, décolorées à l’usage intensif.
Le quinqua équilibre désormais ses contraires, par ce travail sur soi, mais aussi en se laissant tout simplement le temps de vivre.
Son rythme a considérablement ralenti. Sa respiration n’en est que plus ample. Sa santé meilleure.

Nous autres femmes assistons avec une certaine surprise, heureuse surprise, à l’éclosion de la vilaine chenille qui nous écrasait sans vergogne, à ce léger papillon multicolore, aérien, planant haut au dessus des contingences, mais sans se détacher jamais de la réalité.

L’homme quinqua est donc l’homme idéal.
Dans sa quête, il introduit souvent dans cette partie de la vie, un idéal plus spirituel que matériel. Un art de vivre. Formé plus que dressé dans une bi-culture (religion/ science et connaissances) et la « nouveauté » de ce qu’il a encore à appréhender, il lui semble de plus en plus évident que le cœur et la raison ne peuvent exister sans une ligne de conduite, bien en dehors de ce que l’on nomme « morale ». L’espace jusqu’alors souvent vierge de cette troisième dimension  longtemps réfutée (car considérée comme faiblesse) lui laisse un champ d’investigations personnelles inusité et pour cela, rassurant et excitant à la fois.

L’esprit et la matière :

Il lui reste pourtant à conquérir une chose : la femme qui est en lui !  J’en avais déjà parlé au cours d’un sujet sur les clés de la psychologie féminine.(cf : l’article « Le monde selon Gratch »).

Sa part de féminité ne doit plus lui apparaître comme une excroissance monstrueuse formée sur la certitude de sa masculinité.
Les femmes savent que les hommes sont des hommes, donc virils ! Peut-être ont elles seulement intérêt à le leur rappeler aussi souvent qu’il le faudra !

Car, pour croître encore, et c’est avoué, l’homme quinqua a besoin d’une femme digne de ce nom. Il ne possède encore en soi qu’une « compétence » inexploitée qui ne peut tout à fait se réaliser, on dira même, se matérialiser,  sans elle.
Chose que nous avons par contre, par nature. Alors que la femme est un être complet en soi, l’homme sans la femme, demeure amputé de quelque chose d’indéfinissable qui tend à lui causer un malaise permanent.

Le quinqua homme avoue simplement son incapacité à vivre sans une femme, ou tout du moins, reconnaît ne vivre qu’à demi, ou dans une demie mesure, sans elle. Il avoue volontiers donc, ce que l’enfant gâté d’il y a vingt ans, s’efforçait dûment de nier en ruant dans les brancards du mariage !

Le mariage qui compte étant celui de l’esprit, et par dessus tout, l’union intime avec soi-même. Et cela, il l’a compris. Il le vit avec une certaine élégance, même si ce manque signifie souffrance. Quelque part, il « sait », intime conviction, que ce n’est pas pour toujours…

 

C’est pourquoi, dans ce cheminement,  nous devons garder l’espérance que les deux sexes finiront par se réaliser. Et partant, réaliser une œuvre commune qui est la vie à deux.
Plus on avance, plus on s’en rapproche, débarrassés de nos préjugés, délivrés de nos illusions, allégés du poids que la société a fait peser sur notre génération. Non, il ne fallait pas être parfaits ! Il fallait seulement essayer de se parfaire. Cette regrettable erreur a été en partie la cause de nos divorces et ratages en tous genres.
C’est en acceptant nos limitations, qu’on les dépasse. C’est en courbant le dos que l’on finit par une belle victoire sur soi-même.

C’est en se recentrant sur soi, que l’on peut apprendre à compter jusqu’à deux !

Et cela, notre quinqua homme l’a intégré avant de le réclamer.

Pour vous, mesdames, nombreuses, qui attendez encore votre tour,  sachez simplement entendre l’écho répété, de ce que votre quinqua vous demande instamment ! Ce n’est pas si difficile ni si différent que ce que vous êtres prêtes à donner !

 

Bonne route, amis !

 

L'auteur : Quinquageniale

"C'est finalement au plus fort de l'hiver que j'ai compris qu'il existait en moi un invincible printemps".

  • poplartrees

    il n’y a pas de héros, ni de « héros du quotidien » ce qui est un oxymoron. le héros est forcement extraordinaire: il défie les dieux (thei) par orgueil et c’est pour cela (hubris) qu’il doit mourir…le héros est toujours maudit et seul son sacrifice rachète les fautes des uns ou des autres, mais toujours dans une dimension transcendantale. le héros n’est pas de ce monde, c’est une construction fantasmatique qui ensuite s’en ira fonder un mythe (mùthos). les hommes ne seront jamais des héros mais, par extension, on parle d »hommes héroïques » quand il faudrait parler d' »hommes courageux ». rendons à césar ce qui est à césar (Matthieu: 22,21).