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Sex friends

Quinquas solos : et si le sex friend était la solution ?

« Vivre avec son temps, vivre avec son époque » : c’était ce que me disait mon grand-père. Nous avons, dans notre belle génération, vécu surtout le mariage ou l’union libre. Considéré souvent d’un oeil dubitatif par nos parents, cette liberté toute neuve nous en avions le goût, celui de l’interdit….

Puis l’interdit étant devenu monnaie courante, nous sommes revenus à nos bases : la solidité d’un foyer heureux, la stabilité, le rêve inaccessible d’une prétendue autonomie alliée à une gestion parfaite des sentiments, qui ne débordent pas de leur coupe, celle du salut. Ouais, force est de constater que la solitude a gagné, haut la main, sur ces expériences souvent vaines. Alors, qu’est ce qu’un quinqua heureux, sinon celui qui sait adapter ses forces et ses acquis à de nouvelles conceptions d’existence ? Examinons cela de plus près !

Il faut le dire : on est bien loin aujourd’hui des petites annonces du « Chasseur Français » (bien qu’en y jetant un coup d’œil, on voit bien que ce dinosaure d’avant le Web s’est mis au goût du jour, avec force annonces sulfureuses ) !

Maintenant qu’il existe des sites absolument pour toute recherche : rencontres coquines, one-shot, speed-dating, spécifiques gay/lesbienne,  communautaires, et j’en passe,  je songeais, toujours observatrice, à ce que nous nommions autrefois amitié amoureuse... aujourd’hui, toujours ensaucés de la mode américaine, le sex friend semble avoir ses adeptes, et pourquoi pas d’ailleurs ?

Je me demandais juste si notre quinqua avait goûté à la chose ? Pardi !  j’ai pu déterminer qu’il y a ces  Monsieur Jourdain, qui le pratiquent sans le savoir, et puis, les autres, ceux qui s’interrogent et se demandent si finalement, ce ne serait pas la solution pour « rompre solitude ».

(Le Chasseur Français annonçait souvent cela : pour rompre solitude, et plus si affinités.)

Il nous appartient évidemment de nous connaître un maximum afin de savoir ce qui nous fait besoin, et plaisir. Ces deux fonctions étant les bases sur lesquelles s’appuient nos expériences de vie. On a besoin de, on a envie de, on ressent une nécessité,  ou pas !

Le cheminement d’un quinqua, aujourd’hui, bien que nanti d’expériences profondes, digérées, voulues et admises n’est pas plus simple que celui d’un ado en quête de son identité.
Pourquoi ? parce qu’il a le choix, justement. Un vaste éventail qu’il a testé avec plus ou moins de brio, et de chance, mais qui, au final, le restitue à une solitude pas toujours évidente à vivre au quotidien.
On peut certes gérer le manque, le combler est une autre paire de manches !

Fatigués de palier par des randonnées pédestres ou le dernier gadget de luxe  le manque affectif d’une présence bien réelle à ses côtés,  le quinqua se heurte finalement à une impasse. Quand on est jeune, on ne sait pas. Quand on est moins jeune, on sait. Et c’est là que la déprime s’installe : on n’a plus 20 ans, le temps ne passe pas, il file, et il reste son ombre sur le mur, quand on sort arroser ses géraniums sur la terrasse.

Que faire et surtout comment le faire ?

Une action réfléchie vaut mieux que vitesse et précipitation ! Il est évident que le vieux rêve du prince toujours charmant est mort et enterré. Il en aura fallu du temps, des divans des psy aux longs weekend  mornes enfouis sous la couette, pour établir cette vérité confondante.

Luttons contre les préjugés

comme toujours, le premier des chevaux de bataille, et pas le moindre. L’être unique qui devait combler toutes nos attentes, s’est perdu en chemin ou bien il est allé réveiller d’autres princesses. Pour celles qui se seraient réveillées (heureusement) avant la fin du conte, il y a comme un goût de déjà vu à reproduire indéfiniment un début d’histoire merveilleux, qui finit invariablement en lamentable déception.

La quarantaine reste la dernière passe dangereuse, après laquelle, si l’on en triomphe, se profile une cinquantaine raisonnablement ancrée à la réalité du moment.

Abandonnons le doute

c’est à dire cette perte de temps qui consiste à se remettre en question alors que tout le travail a été fait, sur soi, avec la réflexion et la prudence de l’âge, mais
aussi les aidants, accompagnants et amis qui nous ont largement encouragés à continuer la route. Faisons nous confiance. Tout simplement.

Trucidons la routine !


Elle est souvent l’unique responsable de nos tristes tribulations. Vous tournez en rond dans un bocal trouble. Vous n’avancez pas, de votre propre aveu. Peut-être vous êtes vous seulement laissé prendre à vos habitudes. Vous n’avez pas lâché vos sécurités. Le jeudi c’est dîner chez les parents. Une fois par mois, le restau avec les copines. Le boulot, puis la télé, puis le Net qui avait d’abord  été ce sixième continent, une gigantesque terre inconnue à explorer sans contraintes, est devenu un horizon fermé, semblable à une prison.

Les sites de rencontre ont déçu. Normal : c’étaient les mêmes et les pareils que vous croisiez dessus, vous y avez vu votre voisin de palier, votre ex, votre meilleure ennemie, et même votre mère !

Au mieux, vous avez pris un avion, vécu une aventure passionnelle, vous avez même songé vous marier ! et puis les masques sont tombés, au fond, rien ne valait pour  un quinqua sain et en forme, une relation en vis en vis.

Eh oui…. Les enfants partis, une maison trop grande, désormais, le dernier crédit achevé, qui prouvent que les années ont tout de même fini par passer, malgré tous les aléas, et l’on se retrouve seul. Seul en groupe de gens seuls. Qui se partagent sous le rire apparent, la même angoisse de finir seuls.

Le sex friend, qu’est ce que c’est ?

On pourrait dire que si la névrose est la forme moderne du romantisme, selon une célèbre définition, le sex friend est la forme moderne de l‘amitié amoureuse. On n’invente rien, on reformule !

En tout cas il en ressort une notion de liberté, c’est du sexe certes, mais pas du hard, ou seulement si les deux partenaires sont d’accord. C’est de l’amitié aussi, et peut-être surtout, où, par les temps qui courent, on peut en avoir assez de sortir seul (au ciné, au resto, en soirée). Alors le sexe, le sexe ne serait pas dénué de tendresse ? Ouf ! grand ouf de soulagement !

Eh non votre sex friend n’est pas une machine ou un distributeur automatique de plaisir ! Il est aussi un confident potentiel, à condition de ne pas tomber dans le mélo, le but de cette affaire étant tout de même d’alléger un quotidien stérile ou appauvri, de l’enrichir même, par une vraie relation entre deux humains consentants qui ont passé un deal.

Le deal en lui même :

 La bonne nouvelle, c’est qu’il n’y a pas de règles. Le deal est simple, on s’appelle, on se voit, on partage du bon temps, au lit, ce qui n’exclut pas un rapport humain de qualité.
Que demande le peuple ? Comme le chantait Bécaud : toi qui es seul et qui réclames, un peu d’amour et d’amitié…. Le sex friend est fait pour toi ! Rassurant le concept, on n’est tout de même pas perdu, comme dans le libertinage ou l’échangisme : là, on sait qui est qui, on a choisi, en toute connaissance de cause, c’est d’abord un ami, mais un ami sexuel, voilà !

Bénéfices et conséquences :

La gêne que le sentiment « amoureux » génère étant non négligeable, sa pression, son implication, ses conséquences (blessures longue durée après un ratage ou une terrible déception), tout cela disparait avec un deal aussi précis qu’efficace. Car, à la cinquantaine, on sait avec certitude que ce qui a manqué, souvent, dans la relation amoureuse, c’est l’engagement. A force d’attendre un éventuel pacte renforcé d’une toute aussi éventuelle alliance (au propre comme au figuré), la belle histoire d’amour unique et palpitante a fini en relation rasoir et déprimante. A force d’attentes….

Le sex friend n’attend pas, votre « fuck friend » est dispo : cela peut être nouveau pour certaines qui ont eu le sentiment d’être sœur Anne en ne voyant jamais rien venir… Il n’y a aucun délai, ou si peu, que ça ne vaut pas la peine d’en parler. Les sentiments étant mis de côté, s’ouvre une nouvelle étape de vie, où le plaisir prend le dessus sur un état de soumission ancien, ou bien on va guérir ses blessures anciennes par cette fraîcheur, cet élan, cette légèreté qui faisaient jusque là défaut. Plus besoin de penser en termes d‘investissement ou d’affects.

Il y a seulement à être clair sur les modalités. Si l’un des deux partenaires tombe amoureux de l’autre, il faut le dire, instantanément. Cela arrive parfois, ce qui est logique, surtout si la solitude a rongé une grande part de vos réserves d’autonomie. Par ce biais, on peut réapprendre à fonctionner avec plus de sûreté, car le sex friend est en principe, une relation suivie, ce n’est pas la relation d’un soir ou le quick sex ( qui présuppose des trésors d’énergie et d’imagination dignes de Hollywood).

Autre souci : si votre fuck friend tombe amoureux…. d’une autre ! Il faut alors savoir s’écarter et lui laisser le champ libre. Il doit en faire de même si c’est vous qui rencontrez quelqu’un d’approprié avec lequel vous projetez un avenir de couple heureux.
Car le sex friend ce n’est pas être en couple. Ce n’est pas être ensemble. Ce n’est pas être escorté de quelqu’un histoire d’aller un soir à l’opéra. Ce n’est pas non plus s’appeler non stop dès qu’une contrariété pointe à l’horizon !

Pour tout cela, votre meilleure amie fera l’affaire.

Une transition :

De l’avis des professionnels, le sex friend peut être une transition agréable, un peu comme la relation pansement, à une période d’intense solitude, où l’on s’étiole, après des échecs sentimentaux lourds et répétés, des traumas puissants, car cette nouvelle façon d’envisager sa sexualité, nous vient comme souvent d’Outre Atlantique, et ce qui parait normal, là bas, est loin de nous sembler évident ici.
Sex and the City, série cultissime a ouvert le débat, pour autant, je pense que chacun doit s’examiner soigneusement avant de proclamer une quelconque victoire sur un comportement nouveau qui ne déracinera pas pour autant ce qui nous est familier, car culturel.

Certes, on a tué avec sa propre épée, le Prince Charmant de notre jeunesse, qui menaçait notre vieillesse ennemie. Pour autant, faire des galipettes avec un ami digne de ce nom, n’a peut-être pas la transparence que nous voudrions, car le rapport humain est par essence évolutif, et que une fois donnée la tendresse, échangés les plaisirs de la chair, et certaines confidences sur l’oreiller, la frontière peut sembler très mince entre être des sex friends heureux, et des amants très amoureux !

Statistiquement,  les relations avec votre sex friend dureraient en moyenne une à deux années, dans le meilleur des cas, et Dieu sait s’il peut s’en passer des choses,  pendant ce laps de temps !

Ce que l’on a appris avec certitude à la cinquantaine, sans fausse humilité, c’est que l’on ne maîtrise pas grand-chose.

La pratique du sex friend, comme la pratique de toute chose, s’avère donc plus délicate que la théorie séduisante du « sans prise de tête » que l’on retrouve volontiers sur les annonces peu pertinentes, des sites de rencontres. Elle est comme toujours éminemment personnelle. Pour les quinquas que nous sommes, tranche de vie déjà bien entamée, elle peut représenter une sorte de second souffle.

Je peux témoigner lorsque je vous écoute, de la solitude qui atteint et perdure dans beaucoup de foyers devenus sans chaleur. Le quinqua, à la différence du trentenaire, a son avenir dans le dos.

La plupart du temps, il en est conscient et se dépêche de vivre plus intensément ce qu’il a pu laisser en stand by lorsque la vie le ballottait à droite et à gauche. C’est le cas des hommes dont la carrière réclamait toutes les forces. C’est le cas des femmes qui ont cumulé avec ardeur, travail, famille, enfants, avant un divorce douloureux, car d’autant plus injuste qu’elles y ont beaucoup sacrifié d’elles-mêmes.
Pour autant, le quinqua n’est pas exempt d’obligations, car à son âge, il se retrouve coincé entre les ascendants (qui commencent à poser de réels problèmes, l’espérance de vie ayant augmenté et avec elle les problèmes liés à l’âge) et ses descendants, qui n’en ont pas moins besoin de lui ( génération boomerang, garde des petits enfants) autant d’obligations familiales qui ne lui laissent guère le temps ni les moyens (il aide pas mal financièrement les uns comme les autres) de bénéficier du fruit de ses pourtant lucides et synthétiques réflexions.

Le sex friend, à ce titre, peut sembler décalé, à moins qu’il ne soit une solution intermédiaire, donnant le sentiment d’une part de liberté à laquelle chacun a droit, pour se régénérer.
Il ne faut pas en attendre autre chose, car on serait alors la proie d’une illusion dont nous serions les premières victimes.

Ainsi, en voulant sortir d’un état de souffrance, on en viendrait à reforger toutes les conditions pour en arriver à un autre, quoi que d’aspect différent…

Génération quinqua, génération coupable.

Une autre question m’apparait également, celle de la culpabilité.  Coupable, le quinqua l’est. De tout un tas de préjugés hérités des parents, mais qui ont persisté, une vie durant…

J’ai peur, que, dans ces rendez-vous lestes et fringants, au début, avec cet ami sexuel qui vous rend plus séductrice et brillante, un peu comme on allume un sapin à Noël, l’entourage ne vous trouve subitement « changée ». C’est à dire d’une pétulance un peu allumée, d’une énergie qui flamboie, brutale,  dans la trop traditionnelle réunion de famille, alors que votre portable sonne et que subitement, on plante là une famille certes pesante, mais qui se soucie avant tout de savoir entre les pattes de qui vous êtes tombée, une nouvelle fois…
Cela s’appelle l’amour… Et là, il ne s’agit plus ni d’amitié, ni de sexualité, ni de nouveauté à expérimenter, mais bien de cette part de nous-mêmes qui est liée, même douloureusement à ce que nous sommes, par les liens du sang,  devenus.

Avec toujours cette prudence, dans le conseil, cette justesse que je m’efforce de trouver avec vous, mes semblables, et vis à vis surtout de moi-même, examinons bien les tenants et les aboutissants de ce qui doit nous construire. Le sex friend ne se situe pas cette dimension. Et construire fut le but de notre génération… C’est surtout cela que nous vivons mal, bien souvent.
Pas l’absence, ou le besoin de l’autre. Pas tant la restriction, ni même la frustration. Mais le fait de n’avoir rien construit de solide, de tangible, de sûr. Pensons-y bien.

Bonne route, amis !

 

 

L'auteur : Quinquageniale

"C'est finalement au plus fort de l'hiver que j'ai compris qu'il existait en moi un invincible printemps".

  • myozor

    Intéressant et subtile